Environnement

Des travaux pour préserver la tourbière de Montifray

La tourbière de Montifray n’échappe pas aux menaces que fait peser le bouleversement climatique sur les nappes phréatiques. Leur niveau insuffisant risque d’avoir de graves conséquences sur la faune et la flore de cet Espace Naturel sensible exceptionnel. Mais pas seulement...

Côté faune, dix-sept espèces de libellules, dont l’Agrion de Mercure, le Cordulégastre annelé, ou encore la Cordulie à corps fin. Mais aussi trente-et-une espèces de papillons de jour, dont le Cuivré des marais, sans oublier les dix espèces de sauterelles et criquets, ni les reptiles, les amphibiens, les oiseaux, ou encore les écrevisses, qui vivent aux alentours. Côté flore, des mousses, la Laîche puce, le mouron délicat, le Jonc à tépales obtus, ou la samole de Valérand… Une quinzaine de végétaux considérés comme remarquables. Tout un écosystème qui s‘épanouit dans la tourbière de Montifray, Espace Naturel Sensible situé sur la commune de Beaumont-Louestault, dans la vallée de la Vandoeuvre. Un site paradoxalement riche en biodiversité, car, comme dans toutes les tourbières, l’eau y est à ce point importante dans le sol que celui-ci est pauvre en oxygène et empêche ainsi la décomposition des matières organiques, qui ne se dégradent que partiellement en surface, formant ainsi la tourbe. Mais la tourbière de Montifray se distingue des autres par sa configuration. Alors que la plupart sont formées d’une cuvette, alimentée par un cours d’eau, la nôtre est composée de plusieurs bombements, alimentés en eau par la nappe phréatique, grâce à la pression de la roche et par des fissures dans celle-ci.

Les nappes phréatiques menacées

Seulement voilà : sous l’effet du réchauffement climatique, si la quantité des précipitations reste stable, leur répartition est devenue très irrégulière et des épisodes de sécheresse parfois longs et consécutifs mettent à mal le niveau des nappes phréatiques. Les bombements, moins alimentés, voient leur tourbe se minéraliser. Devenues un sol à proprement parler, leur température et leur acidité sont modifiées, et c’est tout l’écosystème, dont certaines espèces sont déjà menacées, qui risque de disparaître à cet endroit. A titre d’exemple, la disparition de la Gentiane pneumonanthe entraînerait la désertion de l’Azuré du serpolet, qui y pond ses œufs. Mais il en serait ainsi pour bien d’autres associations, et ce en quelques années seulement.

Alimenter la tourbière

Aussi le Conseil départemental a-t-il entrepris, en 2023, un aménagement du site pour alimenter la tourbière, confié à l’association Castelrenaudais Insertion. Il s’agissait d’une part, de conduire l’eau d’un bassin tampon tout proche, jusqu’à proximité des bombements par un réseau de fossés, ainsi que de créer des ralentisseurs dans ces fossés, pour retenir l’eau, ce qui lui laisserait le temps de s’infiltrer dans le sol et d’alimenter ainsi la nappe phréatique, puis la tourbière. Une solution partielle, tant les inconnues sont grandes sur l’évolution future du climat, mais qui s’est avérée efficace. Outre la nécessité de la protection d’un écosystème local, la préservation des tourbières est un enjeu global majeur car, bien que ne représentant que 3 % de la surface terrestre, elles captent le tiers du dioxyde de carbone contenu dans le sol. Des chercheurs ont établi qu’une pluviométrie insuffisante ou bouleversée entraînerait une décomposition des tourbières qui pourrait libérer l’équivalent de trois ans d’émission mondiale de carbone.

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