Culture

Nouveau départ à Château-la-Vallière

Située en-dehors du bourg, presque à la campagne, la gare de Château-la-Vallière a connu des heures de gloire, lorsqu’il fut question, à un moment donné, de faire de la ville une station thermale. Puis le trafic a décliné, jusqu’à être (définitivement ?) interrompu il y a une quarantaine d’années. Mais c’était compter sans un groupe de passionnés, qui font revivre les lieux, ou du moins la voie ferrée, d’une autre manière, ludique et (un peu) sportive...

Dire qu’elle est flamboyante serait mentir. En arrivant devant le bâtiment voyageurs, en face de l’hôtel Louise de la Vallière qui lui, en revanche, fait preuve d’élégance, on voit bien que la gare locale n’accueille plus d’usagers depuis des lustres. Elle a pourtant connu de grandes heures, qui auraient pu être encore plus grandes encore si... Mais revenons tout d’abord au début de l’histoire, que beaucoup de Tourangeaux ignorent.

Près d’un an et demi après Grenoble, le premier de France (2 mai 1889), Château-la-Vallière, desservie par le chemin de fer depuis 1885, voyait naître dans le cerveau fécond d’individus entreprenants l’idée d’y créer un syndicat d’initiative, ou plus précisément le Comité d’initiative des promenades et des embellissements de Château-la-Vallière. Celui-ci se constitua le 26 octobre 1890. « Les facilités accordées aux voyageurs munis de billets d’excursion pour s’arrêter à Château-la-Vallière avaient convaincu ces hommes que le moment était venu de développer le tourisme dans le pays », écrit le regretté Georges Couillard dans l’un de ses volumes consacrés à l’histoire locale.

« Immédiatement, poursuit l’érudit, le comité ouvrait une souscription et, la caisse remplie, faisait paraître la première notice connue sur la région. » Une visite au nord de la Touraine, Château-la-Vallière et ses environs, tel était le nom de la brochure, dans laquelle le touriste potentiel était entraîné à la découverte des sites et curiosités de la ville, des communes du canton, du viaduc de Chenu, jusqu’aux châteaux du Lude et de la Motte-Sonzay.

Une station thermale en projet

Cela ne se fera pas sans quelques transformations, comme l’aménagement des « Petits Jardins » du Pont-d’Aulne et l’élargissement du boulevard du Quatre-Septembre, où était située la gare. La voie, plantée d’arbres, fut inaugurée en 1899 en présence des autorités départementales. Une belle journée conclue par le discours républicain du maire, « Boulevard, je te baptise civilement (!) boulevard du Quatre-Septembre », et une revue des pompiers. L’élan était donné.

La deuxième brochure parut avant la Première Guerre mondiale : Château-la-Vallière, la vallée de la Fare, l’étang du Val Joyeux et quelques excursions aux environs, par M. Voisin, par ailleurs graveur de son état, talent dont il fit profiter les lecteurs de sa publication. La guerre mit de nombreux projets en sommeil, mais ils reprirent de plus belle une fois la paix revenue. « On envisagea la création d’une station thermale », lit-on dans un ancien bulletin municipal. Une idée non dénuée de sens : les eaux de la source du Pont d’Aulne analysées par un jeune ingénieur chimiste (M. Voisin, futur maire de la localité) présentaient une radioactivité proche de celles de Vichy. Celles du Bas-Aulnay étaient, elles aussi, réputées. Sans compter la fermeture du casino d’Enghien et l’interdiction d’ouvrir des salles de jeux dans un rayon de cinquante kilomètres autour de Paris, ce qui jouait en faveur de notre localité accessible en train. Les promoteurs de Deauville, Cannes et La Baule examinèrent de près le projet... qui resta malheureusement sans suite, l’achat des terrains nécessaires à sa concrétisation ne pouvant se réaliser. Le comité d’initiative, dissous, devait renaître sous une autre forme en 1935, avec le Syndicat d’initiative du canton de Château-la-Vallière, dont le siège social était à la mairie.

Le cyclo-rail sur la bonne voie

Longtemps désaffectées, les voies castelvalériennes connaissent depuis 2020 une seconde jeunesse, et cela grâce au vélo-rail (ou cyclo-rail) : une fois installés dans une voiture de quatre places intégrée dans un convoi (car la SNCF a démonté un rail et il n’y en a plus qu’un seul, pour l’aller et le retour, d’où la nécessité de partir groupé), les voyageurs pédalent à petite allure sur les rails, entre la gare de Château-la-Vallière et la gare du Tanchet, à Lublé. En chemin, essentiellement en forêt, ils croisent des lapins, des faisans, des chevreuils, mais pas d’automobile, aucune route, sinon des chemins forestiers, ne traversant la voie.

« En 2020, les membres de l’association se sont remonté les manches et ont sorti les tronçonneuses, car il fallait débroussailler, rappelle Dany Berge, secrétaire de l’association Cyclo-rail 37. C’était une forêt vierge ! » Un travail titanesque qui a pu être terminé l’année suivante grâce au Département, financeur de la plus grande partie du débroussaillage (à l’aide d’une énorme machine de plusieurs tonnes).

De 1,3 km à l’origine, le tracé est passé à 5,6 km en 2021. « L’association a continué à développer le projet, en entretenant le parcours durant l’hiver et en achetant acheté six cyclo-rails à une association de l’est de la France. Nous en avons désormais douze, et nous en faisons partir onze trois fois par jour. En 2022, les 7 km ont été ouverts et 2 500 personnes sont venues. Malgré une forte contrainte : le parcours a dû être fermé pendant 17 jours, un quart de la saison, à cause du risque incendie dans la forêt. »

Chaque petit périple se déroule en présence d’au moins un accompagnateur, qui assure le retournement du cyclo-rail pour revenir au point de départ... qui n’est autre que notre bonne vieille gare, ou du moins ses abords. Reprise de l’activité en avril prochain !

 

cyclorail37.fr

 

Photo gare : © Vanessa Liorit

Photo Cyclorail : © Cyclo-rail 37

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